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L'Aïr ou Ayar correspond au massif montagneux, mais on dénomme ainsi plus communément les montagnes et sa zone d'épanchement des eaux des pluies, l'Ighazer. Ainsi le Sultanat de l'Ayar s'étend sur ces deux entités géographiques fort distinctes. Historiquement l'Ighazer est le lieu de passage des grandes caravanes qui courent l'Egypte, en faisant un centre économique important dès le VIè siècle, avec le royaume de Maranda puis celui de Tigidda. Les migrations Touarègues, jusque là venus de l'ouest, vont désormais venir de l'est ou du nord est et recentrer le pouvoir politique et économique sur la zone montagneuse avec la création du Sultanat.

Agadez doit sa raison d’être et son développement à son rôle de plaque tournante du commerce transsaharien. Pendant longtemps, ce fut une étape importante sur la ligne caravanière allant de Gao à l’Égypte, sur laquelle transitaient de grosses quantités d’or ainsi que des tissus en provenance du Caire. C’est la plus ancienne voie connue, et les marchandises venant de Tripoli en passant par Ghadamès et se dirigeant vers Kano transitaient également par Agadez. La ville était aussi fréquentée par les Touaregs du Hoggar et les Arabes du Touat. La grande caravane annuelle, l’Aïri, comprenant plusieurs dizaines de milliers de chameaux et se rendant chaque hiver à Bilma pour y charger du sel et des dattes, passait dans la ville et y faisait des achats divers. Des commerçants étrangers s’y installèrent en même temps qu’ils servaient d’agents pour des maisons ou des négociants des villes du Nord. Comme le dit Léon l’Africain, c’étaient ces commerçants qui constituaient le plus gros des habitants, et ils devaient être assez nombreux pour avoir formé des quartiers qui portent encore leur nom d’origine : Gao-Gao, Ghadamès. Encore à l’heure actuelle, on compte des commerçants originaires du Touat, d’In Salah, de Ghat, de Gatroun, de Ghadamès, de Sebaa et de Chinguetti.

Ces commerçants influèrent sur l’architecture de la ville. Les premières maisons étaient très simples, sans encorbellement de porte, laquelle était basse, le linteau généralement fait de plusieurs branches d’arbre liées ensemble par des cordes ou bien par des petits madriers taillés dans des troncs de palmiers-doum. Le niveau des pièces était toujours en dessous de celui de la rue, ceci afin de récupérer de l’argile en creusant le sol, en même temps que le mur demandait moins d’élévation. Agadez étant construite au milieu d’une plaine alluviale ne dispose que d’un seul matériau de construction, l’argile. Cette situation explique les multiples excavations au milieu même de l’agglomération, qui se transforment en mares pestilentielles au moment des pluies. Pour construire le fort et les bâtiments administratifs, les autorités françaises, qui occupèrent la ville au début du siècle, récupérèrent l’argile de toutes les habitations qui étaient en ruines et la firent transporter dans des couffins à dos d’âne. Les portes à encorbellement sont la marque d’une plus grande recherche dans la construction des maisons et sont dues à des influences septentrionales apportées par les commerçants qui, ultérieurement, firent construire des habitations à un étage avec petites fenêtres ouvertes sur la rue.